Marcel Schwob en GF ·
Après l’opportune réédition critique de Vies imaginaires par Jean-Pierre Bertrand et Gérald Purnelle en 2004 chez Flammarion (coll. GF), deux textes majeurs de Marcel Schwob, Cœur double et Le Livre de Monelle, paraissent aujourd’hui dans la même collection, à nouveau présentés par Jean-Pierre Bertrand.
Jusqu’alors disponible aux éditions Ombres (« Petite bibliothèque Ombres », n° 77) et Gallimard (« L’imaginaire », n° 369), Cœur double est le premier recueil publié par Marcel Schwob, en 1891. Un recueil double : sa première partie contient quelques-uns des contes fantastiques, parfois grotesques, les plus connus de son auteur (« Les sans-gueule », « L’homme double », « L’homme voilé »…). La seconde, intitulée La Légende des gueux et ordonnée au fil des siècles, annonce l’agencement de Vies imaginaires.
Ce livre de jeunesse, encore redevable à de grands aînés – en particulier à Maupassant – est ici complété par le quatrième ouvrage de Marcel Schwob, Le Livre de Monelle, jusqu’alors disponible aux éditions Allia. Cet hapax symboliste et poétique, dont les incantations libertaires, cousines des Nourritures terrestres, séduisirent les surréalistes, avait été analysé par Jean-Pierre Bertrand dans Le roman célibataire (Corti, 1996), étude collective consacrée aux « novateurs de l’échec » fin-de-siècle.
La réunion en un volume de deux ouvrages aussi différents est longuement justifiée dans une préface nourrie et éclairante sur cette période de la création littéraire de Schwob comme sur la structure de chacun des textes. Jean-Pierre Bertrand y construit, de Cœur double au Livre de Monelle, une filiation esthétique enracinée dans le goût du « mystère irréductible de l’être », autour duquel il tisse le maillage complexe du double et de l’unique via le multiple.
On pourrait s’étonner de l’impasse faite sur le second recueil schwobien, Le Roi au masque d’or (1892), passage naturel de Cœur double au Livre de Monelle. Proche du premier par sa structure et l’ancrage réaliste de certains récits, il contient des contes symbolistes qui annoncent l’univers de Monelle (l’un d’eux y sera même repris). Quant à sa célèbre préface, reprise dans Spicilège sous le titre « La Différence et la ressemblance », elle fait pendant à celle de Cœur double, « La terreur et la pitié », tout en annonçant la problématique philosophique illustrée par Le Livre de Monelle. Du moins le lecteur est-il ici en présence des deux pôles esthétiques explorés par Marcel Schwob avant son « invention » des Vies imaginaires.
La liste sélective des études sur les deux œuvres pourra être complétée avec la rubrique « Bibliographie » de ce site.
Marcel Schwob, Vies imaginaires, présentation par Jean-Pierre Bertrand et Gérald Purnelle, Paris, Flammarion, coll. GF, 2004, n° 1143, 207 pages.
Marcel Schwob, Cœur double et Le Livre de Monelle, présentation par Jean-Pierre Bertrand, Paris, Flammarion, coll. GF, 2008, n° 1383, 344 p., 7,80 €.

Etudes schwobiennes au Québec Modèles schwobiens : discontinuité et plasticité