Contes symbolistes ·

Le Roi au masque d’or (1892) n’était plus disponible en publication séparée depuis sa réédition chez Ombres en 1991. Ce recueil inaugure une collection de Contes symbolistes lancée par Bertrand Vibert. Il s’agit de « rendre accessibles à un public aussi large que possible, en les associant deux à deux, des recueils de contes poétiques en prose de la génération symboliste». Voilà Le Roi au masque d’or inscrit dans une période (la dernière décennie du XIXe siècle), un courant littéraire et un genre auquel l’auteur consacre un essai à paraître : Le recueil de contes poétiques en prose, 1890-1900. Ainsi mis en perspective par une « défense et illustration de la poésie narrative en prose symboliste » qui trouve sa forme dans le renouvellement du « conte » savamment agencé en recueil, l’ouvrage schwobien devient membre d’une famille littéraire issue de Baudelaire et Villiers, et qui comprend Lazare, Régnier et Gourmont, Rodenbach et Mauclair…
Le premier volume associe Le Roi au masque d’or au Miroir des légendes de Bernard Lazare, publié la même année et jamais réédité depuis. C’est une chance que de pouvoir (re)lire à l’envi ces textes méconnus de Lazare, dont l’écriture, jusqu’à présent, avait moins tenté les commentateurs que ses engagements idéologiques. C’est également l’occasion de comparer les productions de deux auteurs strictement contemporains morts prématurément, deux érudits juifs oeuvrant sur l’imaginaire culturel tout en menant une carrière de journalistes.
Chacun des deux recueils est assorti d’une longue introduction d’ensemble. Celle de Schwob rappelle les principes qui organisent en profondeur un recueil en apparence bien disparate : non seulement la dialectique de la terreur et de la pitié, qui présidait déjà à Coeur double, mais aussi celle des apparences et de la vérité ; des personnages d’exception, un labyrinthe de signes, des échos thématiques à résonance mythique… En outre, chacun des contes est précédé d’une présentation nourrie, et accompagné de nombreuses notes en bas de page. On relit ainsi Le Roi au masque d’or dans une remarquable édition critique, établie par Michel Viegnes et Sabrina Granger, et qui propose un éclairage multiple et très documenté : contexte de la production, palimpseste et références culturelles, liens avec le reste de l’œuvre, précisions sur le dispositif narratif qui vont parfois jusqu’à l’explication de texte… L’ensemble étant sous-tendu par la notion générique affichée en titre, cette lecture demeure malgré tout très cohérente et dégage la spécificité poétique originale d’un recueil un peu négligé par la critique récente. Contes symbolistes Volume I. Edition présentée par Bertrand Vibert avec la collaboration de Michel Viegnes et Sabrina Granger. Bernard Lazare, Le Miroir des légendes (1892) présenté et annoté par Bertrand Vibert – Marcel Schwob, Le Roi au masque d’or (1892) présenté et annoté par Michel Viegnes et Sabrina Granger. Grenoble, Ellug 2009 – 491 pages.

Spicilège en ligne ! Une vie imaginaire de Marcel Schwob