Aloysius Bertrand et Marcel Schwob ·
Le Catalogue de la bibliothèque de Marcel Schwob ne contient, pour la rubrique Littérature française du XIXe siècle, que quinze ouvrages – dont quatre consacrés à Baudelaire – parmi lesquels un bel exemplaire de Gaspard de la nuit, fantaisies à la manière de Callot, par Louis Bertrand… par M. Charles Asselineau, Paris, Pincebourde, 1868, in-8,… Frontispice de Félicien Rops (n° 243).
C’est sur la parenté de ces deux écrivains que Gisèle Vanhese revient à plusieurs reprises dans son dernier article consacré à Aloysius Bertrand. L’ « alchimie du silence et de l’ellipse » opérée par le père du poème en prose annonce les « silences du récit » admirés par Marcel Schwob chez Stevenson et mis en œuvre dans ses propres écrits. Tel est notamment le sens des « blancs des pages », si importants aux yeux de Bertrand, et dans lesquels saura lire, écrit Schwob, le « bon gourmet de livres ». D’autre part, comme le fera Schwob, Bertrand privilégie le détail « qui transmute bien souvent le familier en infamilier (sic)». Signes de sa modernité, sa lutte contre le narratif et sa dilution, son obscurité énigmatique anticipent sur celles du conteur fin de siècle, et Gisèle Vanhese n’hésite pas à convoquer pour désigner sa vision plurielle et ambiguë « l’esprit géométral » attribué à Schwob par Marguerite Moreno. Même les thèmes coïncident parfois : les grandes peurs médiévales, entre reîtres et lépreux, sont communes aux « Chroniques » d’Aloysius Bertrand et à maints contes schwobiens.
Gisèle VANHESE, « Un sens à la fois précis et multiple. Poétique de l’ambigu dans Gaspard de la nuit » in Un livre d’art fantasque et vagabond. Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand, sous la direction d’André Guyaux, Paris, Éditions Classiques Garnier, Coll. « rencontres », 2010, p. 67-82.
