Bibliothèque rêvée ·


« Un des ses portraits les plus expressifs, dessiné par l’artiste médailliste Theodore Spicer-Simson, qui croyait en l’âme des portraits, montre Schwob lisant à haute voix, et levant ses grands yeux inquisiteurs de son papier pour fixer son auditeur. »
« Bibliothèque rêvée, histoires de livres », par Evanghélia Stead

« Le souvenir de la première fois où on a lu un livre aimé se mêle étrangement au souvenir du lieu et au souvenir de l’heure et de la lumière. Aujourd’hui comme alors, la page m’apparaît à travers une brume verdâtre de décembre, ou éclatante sous le soleil de juin, et, près d’elle, de chères figures d’objets et de meubles qui ne sont plus. Comme, après avoir longtemps regardé une fenêtre, on revoit, en fermant les yeux, son spectre transparent à croisières noires, ainsi la feuille traversée de ses lignes s’éclaire, dans la mémoire, de son ancienne clarté. » « Le souvenir d’un livre », Il libro della mia memoria

« Il me souvient avec émotion de nos longues conversations au crépuscule, où cet esprit étrangement intelligent et passionnément perspicace m’instruisait de ses recherches, de ses pressentiments, de ses trouvailles, sur la piste de cette proie que lui était la vérité sur le cas Villon. Il y portait l’imagination inductive d’un Edgar Poe et la sagacité minutieuse d’un philologue rompu à l’analyse des textes, en même temps que ce goût singulier des êtres exceptionnels, des vies irréductibles à la vie ordinaire, qui lui a fait découvrir bien des livres et créer bien des valeurs littéraires. » Valéry, « Villon et Verlaine », Variété

« Il y a longtemps déjà (longtemps pour moi) que je me suis décidé pour les œuvres obscures, parce qu’on peut y voir tant de choses […]. Il n’est pas besoin de tout comprendre. Les perceptions confuses sont aussi belles que les claires. Et rien n’est plus extraordinaire qu’un Villon, dont nous ne comprenons plus une ligne, parce qu’il est bourré d’allusions et de satires personnelles, mais où les fautes de lecture même sont admirables — qu’une Ronde de nuit dont Rembrandt lui-même n’eût pas su dire ce que c’était. »
Lettre à Octave Mirbeau, 23 janvier 1893

Crédits photographiques: Le Capitaine écarlate, par Emmanuel Guibert et David B., éditions Dupuis ; buste de Marcel Schwob en serre-livre par Theodore Spicer-Simson, vers 1899, Université de Miami ; manuscrit autographe de la Lanterne rouge, Bibliothèque municipale de Nantes ; carton d’invitation au cours de Marcel Schwob prononcé à l’Ecole des Hautes Etudes sociales, 1904, Bibliothèque municipale de Nantes

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