Une vie imaginaire de Marcel Schwob ·

La romancière italienne Fleur Jaeggy vient de publier chez Adelphi, dans la collection « Biblioteca minima », Vite congetturale, petit ouvrage contenant les trois vies imaginées de Thomas De Quincey, Keats et Marcel Schwob. Elle connaît bien ces trois auteurs, puisqu’elle a écrit sur Keats, et traduit les Vies imaginaires de Schwob (1972) ainsi que, à l’instar de Schwob d’ailleurs, Les derniers jours d’Emmanuel Kant de Thomas De Quincey. Elle est aussi l’auteur, dans le numéro que la revue Europe a consacré à Marcel Schwob en mai 2006 (n° 925), de l’article intitulé « Un aventurier passif », brève biographie sympathique et poétique de l’écrivain.

Contes symbolistes ·

Le Roi au masque d’or (1892) n’était plus disponible en publication séparée depuis sa réédition chez Ombres en 1991. Ce recueil inaugure une collection de Contes symbolistes lancée par Bertrand Vibert. Il s’agit de « rendre accessibles à un public aussi large que possible, en les associant deux à deux, des recueils de contes poétiques en prose de la génération symboliste». Voilà Le Roi au masque d’or inscrit dans une période (la dernière décennie du XIXe siècle), un courant littéraire et un genre auquel l’auteur consacre un essai à paraître : Le recueil de contes poétiques en prose, 1890-1900. Ainsi mis en perspective par une « défense et illustration de la poésie narrative en prose symboliste » qui trouve sa forme dans le renouvellement du « conte » savamment agencé en recueil, l’ouvrage schwobien devient membre d’une famille littéraire issue de Baudelaire et Villiers, et qui comprend Lazare, Régnier et Gourmont, Rodenbach et Mauclair…
Le premier volume associe Le Roi au masque d’or au Miroir des légendes de Bernard Lazare, publié la même année et jamais réédité depuis. C’est une chance que de pouvoir (re)lire à l’envi ces textes méconnus de Lazare, dont l’écriture, jusqu’à présent, avait moins tenté les commentateurs que ses engagements idéologiques. C’est également l’occasion de comparer les productions de deux auteurs strictement contemporains morts prématurément, deux érudits juifs oeuvrant sur l’imaginaire culturel tout en menant une carrière de journalistes.
Chacun des deux recueils est assorti d’une longue introduction d’ensemble. Celle de Schwob rappelle les principes qui organisent en profondeur un recueil en apparence bien disparate : non seulement la dialectique de la terreur et de la pitié, qui présidait déjà à Coeur double, mais aussi celle des apparences et de la vérité ; des personnages d’exception, un labyrinthe de signes, des échos thématiques à résonance mythique… En outre, chacun des contes est précédé d’une présentation nourrie, et accompagné de nombreuses notes en bas de page. On relit ainsi Le Roi au masque d’or dans une remarquable édition critique, établie par Michel Viegnes et Sabrina Granger, et qui propose un éclairage multiple et très documenté : contexte de la production, palimpseste et références culturelles, liens avec le reste de l’œuvre, précisions sur le dispositif narratif qui vont parfois jusqu’à l’explication de texte… L’ensemble étant sous-tendu par la notion générique affichée en titre, cette lecture demeure malgré tout très cohérente et dégage la spécificité poétique originale d’un recueil un peu négligé par la critique récente. Contes symbolistes Volume I. Edition présentée par Bertrand Vibert avec la collaboration de Michel Viegnes et Sabrina Granger. Bernard Lazare, Le Miroir des légendes (1892) présenté et annoté par Bertrand Vibert – Marcel Schwob, Le Roi au masque d’or (1892) présenté et annoté par Michel Viegnes et Sabrina Granger. Grenoble, Ellug 2009 – 491 pages.

Spicilège en ligne ! ·

SPICILÈGE – CAHIERS MARCEL SCHWOB n° 1 :

édités par la Société Marcel Schwob

Le premier numéro des Cahiers Marcel Schwob est paru en octobre 2008; vous pouvez en télécharger une version électronique ici.


L’efflorescence des études sur Marcel Schwob nous a incités à réunir annuellement quelques-uns de ces travaux et documents glanés ici ou là dans les CAHIERS MARCEL SCHWOB.

La première brassée de ce nouveau « SPICILÈGE » met l’accent sur la dimension intertextuelle d’une œuvre qui transcende superbement les frontières des genres, des époques et des lieux.

Un DOSSIER articule Schwob, Villon et l’Amérique latine. Le dessinateur argentin Ricardo Godoy, qui a commencé à illustrer Vies imaginaires et travaille à une vie de Schwob illustrée, est l’auteur du frontispice. Les deux premiers articles sont issus des communications présentées par leurs auteurs respectifs à Nantes, le 25 novembre 2006, lors d’une journée d’études organisée à l’initiative de Rodolphe Dalle par le Centre de Recherche sur les Conflits d’Interprétation (CERCI) de l’Université de Nantes, avec le concours de la Bibliothèque municipale de Nantes, du Lycée Clemenceau et de la Société Marcel Schwob. Bruno Fabre propose une analyse des liens entre Vies imaginaires et la vie et l’œuvre de François Villon, tandis que Jean-Marie Lassus donne un aperçu riche en perspectives sur la réception de Schwob en Amérique latine. Les deux textes sont suivis d’une étude de la brève biographie poétique intitulée « Épitaphe », composée par l’écrivain mexicain Juan José Arreola (1918-2001). Sous-titrée « Hommage à Marcel Schwob », cette vie du poète médiéval témoigne du culte voué à l’écrivain français par Arreola, à l’instar de nombreux auteurs hispano-américains. Elle confirme aussi l’attachement profond de Schwob pour Villon dont les poèmes et l’existence trouvent un écho autant dans Vies imaginaires que dans la fiction biographique écrite par Arreola pour honorer l’un de ses maîtres. Faute de pouvoir publier intégralement le texte d’Arreola, nous donnons en annexe un autre bel hommage méconnu, celui de Paul Valéry, à l’admirateur passionné de Villon que fut Marcel Schwob.

Dans un ARTICLE qui aurait dû être communiqué à Cerisy, Amany Ghander s’interroge sur la diversité des genres dans les récits de Cœur double qui, entre conte et nouvelle, rappellent la libre complexité de la ménippée.
Une LETTRE INÉDITE, écrite la veille de la mort de Marcel Schwob par son frère Maurice, révèle l’intimité de l’écrivain avec le peintre Henry Brokman, dont une grande partie de l’œuvre a été léguée au musée du Petit Palais. Cette relation mérite de faire l’objet d’études sérieuses.
Avant quelques GLANURES, on pourra suivre, dans un DOCUMENT constitué de témoignages et de photographies, l’itinéraire parisien de Marcel Schwob au fil de ses déménagements successifs autour du cœur de Paris, au plus près des bibliothèques et des Archives – sur les traces de Villon ?



TABLE DES MATIÈRES

ÉDITORIAL

DOSSIER : SCHWOB, VILLON ET L’AMÉRIQUE LATINE
« Présences de Villon dans Vies imaginaires » par Bruno Fabre
« Marcel Schwob et l’Amérique latine » par Jean-Marie Lassus
« Un hommage à Marcel Schwob : « Epitafio » de Juan José Arreola » par Bruno Fabre
Schwob villoniste par Paul Valéry
Bibliographie sur Schwob et Villon

EN MARGE DU COLLOQUE DE CERISY
« Diversité générique dans les récits de Cœur double » par Amany Ghander.

INEDIT
Lettre de Maurice Schwob à Henry Brokman

DOCUMENT
« Marcel Schwob à Paris » par Agnès Lhermitte

GLANURES

Réalisation : Julien Schuh

Responsables : Bruno Fabre / Agnès Lhermitte

Url de référence : www.marcel-schwob.org

Adresse : Société Marcel Schwob, 19 rue de Nice, 75011 PARIS

Schwob dans le Magazine littéraire ·

Dans le Magazine littéraire de janvier 2009, n° 482, figurent deux pages (92-93) consacrées à Schwob par Linda Lè, à la rubrique “Itinéraire, Le magazine des écrivains”: “Les vies imaginaires de Marcel Schwob”. Très bon article synthétique, assorti du beau cliché au sourire et à l’épingle de cravate.

Un continuateur de Marcel Schwob ·

C’est ainsi que Maurice Saillet voyait Pierre Mac Orlan comme le rappelle Sylvain Goudemare dans la préface de sa dernière publication. Sylvain Goudemare, libraire d’ancien, biographe de Marcel Schwob et éditeur vient de rééditer, sous le titre Le Rire jaune et autres textes, cinq romans de jeunesse de Mac Orlan : La Maison du retour écoeurant, Le Rire jaune, La Clique du Café Brebis, La Bête conquérante, Le Nègre Léonard et Maître Jean Mullin, accompagnés des préfaces et de dessins de leur auteur, et de notices biographique et bibliographique.
Les récits et leurs préfaces rendent hommage à Marcel Schwob : ainsi, les réflexions de La Clique du Café Brebis préfigurent celles que développera un an plus tard Le petit Manuel du parfait aventurier (1920), où Schwob figure le type de l’« aventurier passif ». Mac Orlan et Schwob partagent, en effet, le goût de l’aventure imaginaire. Tous deux vouent également une grande admiration à Stevenson et à François Villon, deux maîtres de l’aventure écrite ou vécue. Aussi n’est-il pas étonnant que ces écrits de la première période soient pleins d’échos, souvent humoristiques, à l’univers des contes schwobiens.

Pierre MAC ORLAN, Le Rire jaune et autres textes. Edition établie et présentée par Sylvain Goudemare, Edition Sillage, Paris, 2008, 408 pages.
Marcel SCHWOB, Oeuvres. Edition établie par Sylvain Goudemare, Editions Phoebus, Paris, 2000.
Sylvain GOUDEMARE, Marcel Schwob ou les vies imaginaires, Le Cherche midi éditeur, Paris, 2000, 340 pages.



Marcel Schwob en GF ·

Après l’opportune réédition critique de Vies imaginaires par Jean-Pierre Bertrand et Gérald Purnelle en 2004 chez Flammarion (coll. GF), deux textes majeurs de Marcel Schwob, Cœur double et Le Livre de Monelle, paraissent aujourd’hui dans la même collection, à nouveau présentés par Jean-Pierre Bertrand.
Jusqu’alors disponible aux éditions Ombres (« Petite bibliothèque Ombres », n° 77) et Gallimard (« L’imaginaire », n° 369), Cœur double est le premier recueil publié par Marcel Schwob, en 1891. Un recueil double : sa première partie contient quelques-uns des contes fantastiques, parfois grotesques, les plus connus de son auteur (« Les sans-gueule », « L’homme double », « L’homme voilé »…). La seconde, intitulée La Légende des gueux et ordonnée au fil des siècles, annonce l’agencement de Vies imaginaires.
Ce livre de jeunesse, encore redevable à de grands aînés – en particulier à Maupassant – est ici complété par le quatrième ouvrage de Marcel Schwob, Le Livre de Monelle, jusqu’alors disponible aux éditions Allia. Cet hapax symboliste et poétique, dont les incantations libertaires, cousines des Nourritures terrestres, séduisirent les surréalistes, avait été analysé par Jean-Pierre Bertrand dans Le roman célibataire (Corti, 1996), étude collective consacrée aux « novateurs de l’échec » fin-de-siècle.

La réunion en un volume de deux ouvrages aussi différents est longuement justifiée dans une préface nourrie et éclairante sur cette période de la création littéraire de Schwob comme sur la structure de chacun des textes. Jean-Pierre Bertrand y construit, de Cœur double au Livre de Monelle, une filiation esthétique enracinée dans le goût du « mystère irréductible de l’être », autour duquel il tisse le maillage complexe du double et de l’unique via le multiple.
On pourrait s’étonner de l’impasse faite sur le second recueil schwobien, Le Roi au masque d’or (1892), passage naturel de Cœur double au Livre de Monelle. Proche du premier par sa structure et l’ancrage réaliste de certains récits, il contient des contes symbolistes qui annoncent l’univers de Monelle (l’un d’eux y sera même repris). Quant à sa célèbre préface, reprise dans Spicilège sous le titre « La Différence et la ressemblance », elle fait pendant à celle de Cœur double, « La terreur et la pitié », tout en annonçant la problématique philosophique illustrée par Le Livre de Monelle. Du moins le lecteur est-il ici en présence des deux pôles esthétiques explorés par Marcel Schwob avant son « invention » des Vies imaginaires.
La liste sélective des études sur les deux œuvres pourra être complétée avec la rubrique « Bibliographie » de ce site.

Marcel Schwob, Vies imaginaires, présentation par Jean-Pierre Bertrand et Gérald Purnelle, Paris, Flammarion, coll. GF, 2004, n° 1143, 207 pages.

Marcel Schwob, Cœur double et Le Livre de Monelle, présentation par Jean-Pierre Bertrand, Paris, Flammarion, coll. GF, 2008, n° 1383, 344 p., 7,80 €.

Voir aussi l’article paru sur le site Réflexions.

Etudes schwobiennes au Québec ·

Les textes de Marcel Schwob sont actuellement étudiés par deux étudiants québéquois sous la direction de Jean-François Hamel, professeur au département d’études littéraires de l’UQAM (Université du Québec A Montréal) et auteur de Revenances de l’Histoire (Editions de Minuit, 2006), où il interroge “le régime moderne de l’historicité” en l’articulant à la narration. Simon Leduc a pour projet d’étudier “L’art de la mémoire chez Marcel Schwob: la narrativité de l’essai dans Spicilège”. Jozéane Mallette a pour projet: “Une croisade du sens: les constellations narratives de l’histoire dans La Croisade des enfants (1895) de Marcel Schwob”. Elle a déjà publié “Poéthique de l’oubli dans La Croisade des enfants de Marcel Schwob”, Postures, critiques littéraires, n° 10, “Les écritures de l’Histoire”, printemps 2008, p. 141-151.
Nous invitons les chercheurs de France ou de l’étranger qui travaillent sur l’oeuvre de Marcel Schwob à nous signaler leurs études, afin que nous puissions les porter à la connaissance des autres schwobiens.

L’imaginaire schwobien vu d’Espagne ·

Professeur de philologie latine à l’Universitad Complutense de Madrid et collaborateur habituel de revues de littérature comparée et d’études borgésiennes, FRANCISCO GARCIA JURADO étudie depuis plusieurs années comment l’histoire de la littérature gréco-latine a été revivifiée par les esthétiques de la modernité. Le dernier exemple de ce travail est le volume qu’il consacre à Marcel Schwob, Antiguos imaginarios (Biblioteca ELR editiones n° 14, Madrid, 2008).
« Dans ce livre, Francisco Garcia Jurado étudie une facette inédite de Marcel Schwob : son rôle de créateur d’une histoire imaginaire de la littérature à partir d’intenses lectures grecques, latines et médiévales. Schwob réinvente les vies des poètes, déguise les vieux textes helléniques avec l’émotion du créateur, relit la Poétique d’Aristote sous l’angle de la terreur et de la pitié, et déniche de beaux contes dans les vieux textes érudits. Comme Ferdinand de Saussure, il défia l’histoire, et comme Edgar Allan Poe, il fut suprêmement intelligent et malheureux.
Nous invitons les lecteurs à un inoubliable voyage vivant à travers le Paris de Schwob et ses récits. L’Antiquité se redécouvre à la lumière de la Seine, et les vieilles ombres reprennent vie dans les ruelles médiévales du Marais. »
Les exergues et la préface situent l’œuvre schwobienne sous le double patronage d’Edgar Poe (l’énigme latine de « la lettre volée » comme clé de lecture …) et de Borges, vers qui converge la « contre-histoire » littéraire amorcée par Nodier et Flaubert. Plus nouvelle est la correspondance systématique avec l’imaginaire antique de Gustave Moreau, l’illustrateur de l’ouvrage.

TABLE DES MATIÈRES
•Un auteur à la marge
•L’atmosphère magique des contes latins
Vies imaginaires, monologues et livres inexistants
•Textes déguisés, imaginés, revisités
•Poétique de la terreur et de la pitié- L’art face à l’histoire
•Vers le récit fantastique de l’Antiquité
•L’infâme précurseur de Borges
•La trace de Borges-Schwob
•Défense de la littérature née de la philologie
•Etude bibliographique sur Schwob
Cette dernière section contient la liste précieuse des traductions de Schwob en castillan, ainsi que des articles critiques consacrés à cet auteur, notamment par Francisco Garcia Jurado et par la spécialiste Maria José Hernandez Guerrero.

Pour commander l’ouvrage : ELR Ediciones, edimag@elr.es

De Marcel Schwob à Claude Cahun : au tour de la nièce … ·

En août 2005, la Société Marcel Schwob organisait à Cerisy-la-Salle le colloque dont les actes sont récemment parus aux Presses universitaires de Rennes sous le titre Retours à Marcel Schwob : d’un siècle à l’autre (1905-2005). Or ce colloque, intitulé « De Marcel Schwob à Claude Cahun », comprenait une journée entièrement consacrée à l’œuvre de Claude Cahun, pseudonyme de Lucy Schwob, la nièce de Marcel Schwob. La communication de son biographe François Leperlier (publiée dans Marcel Schwob, l’homme au masque d’or, « Le Promeneur-Gallimard », 2006) a éclairé de façon convaincante la dette de l’artiste surréaliste envers son oncle écrivain.
On retrouve deux contributrices de cette journée Cahun, Tirza True Latimer et Lizzie Thynne, au sommaire d’un important collectif consacré à Claude Cahun, et dont nous avons le plaisir d’annoncer la publication.

Andrea OBERHUBER (dir.) : Claude Cahun : contexte, posture, filiation. Pour une esthétique de l’entre-deux. Montréal, Université de Montréal, Département de littérature de langue française, collection « Paragraphes », 2007, 266 pages.

L’enfant et son étoile ·

Sept ans après Le Capitaine écarlate de David B. et Emmanuel Guibert (L’aire libre, 2000), Marcel Schwob infiltre à nouveau le monde de la bande dessinée avec l’album de Tommy Redolfi VIKTOR, « d’après L’étoile de bois de Marcel Schwob ». Trois contes de Schwob, « La terreur future », « La voluptueuse » et « L’homme voilé » avaient déjà été adaptés en bandes dessinées, respectivement par David B., Emmanuel Guibert et Vincent Sardon (Revue Lapin n° 16, 1997).
Ici, Tommy Redolfi s’empare du dernier conte de Schwob, le plus long qu’il ait écrit, dans la douleur. « L’étoile de bois » a été publié dans la revue Cosmopolis le 8 octobre 1897, et repris en 1903 dans le recueil symboliste La Lampe de Psyché. Ce récit testamentaire concentre des thèmes essentiels de l’œuvre de Schwob, (l’enfant, la quête, l’alchimie, l’incendie…) sur un mode particulièrement poétique et tragique.

C’est le premier aspect qu’illustre T. Redolfi de façon inspirée. Grâce à une perspective en plongée diversement orientée, à un rythme varié, le lecteur accompagne comme en survol le parcours d’un garçon minuscule au visage immense et lisse. La trame narrative est restituée pour l’essentiel, suivant le leitmotiv de l’étoile, avec les personnages, rendus avec force, de la grand-mère, du mage et des enfants rencontrés. Si les dialogues et l’amplification du rôle de la maison tirent vers le réalisme familial, le dessin recrée l’atmosphère envoûtante du texte. Les décors sont particulièrement travaillés de façon à traduire les somptueuses descriptions des paysages sylvestre, marin et urbain, dont quelques brèves citations ponctuent les vignettes. La forêt de Redolfi est remarquable : obscure à souhait, dense, voûtée, intime ou grandiose, rigide ou secouée par la tempête. L’angoissante mélancolie du récit est rendue par un traitement sombre du « noir et gris », le blanc ne signalant que les lumières et les visages. Des gris plus délicats traduisent rêves et visions du petit Alain-Viktor, ainsi que l’histoire merveilleuse des étoiles de mer. Le dessin, des visages notamment, souligne l’inquiétante étrangeté de certains épisodes.

Cependant la troisième partie fait le choix d’un merveilleux enfantin positif annoncé par la couverture vivement colorée et par le changement du nom du héros. On pardonne volontiers ce détournement romanesque un peu sentimental en considérant la dédicace de l’album. Si, dans le récit de Schwob, Alain était le petit fantôme perdu d’un Marcel vieillissant, c’est un tout jeune Silvano plein d’avenir qui est projeté dans Viktor. Les enfants au pouvoir ?

Tommy Redolfi, VIKTOR, La Boîte à bulles (Contre-jour) 2007.

Marcel Schwob, « L’Etoile de bois », in La Croisade des enfants, Ombres « Petite bibliothèque Ombres » n° 1.

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