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Décès de l’écrivain Michel Suffran (1931-2018)

Michel Suffran

 

Membre actif et généreux de la Société Marcel Schwob, notre ami Michel Suffran s’est éteint à Bordeaux le 5 juillet 2018.

Médecin de profession, il se présentait plutôt comme « l’ivre de livres » (titre de l’article donné en 2010 à Spicilège, Cahiers Marcel Schwob n° 3). Bibliophile, lecteur, écrivain, dessinateur, il publia d’innombrables ouvrages : romans et nouvelles, essais, pièces pour le théâtre, la radio et la télévision…

Les livres élus, rencontres de cœur comme leurs auteurs, lui étaient des amis pour la vie. Pour faire connaître ceux en qui il se reconnaissait (Jammes, Schwob, Mauriac, Colette, Bosco, Buzzati, mais aussi la « génération perdue » des jeunes fauchés dans les tranchées de 14-18), il bataillait sans relâche, d’une plume fougueuse.

Il eut le génie, pour « réhydrater les lettres mortes », d’écrire pour ses livres favoris des adaptations radiophoniques servies par les plus grands acteurs et de remarquables compositeurs. Deux de ses plus belles recréations sont des hommages sensibles à Marcel Schwob : La Croisade des enfants (1959), sur une musique de Serge Nigg (texte reproduit et commenté dans Spicilège n° 3) et Monelle de la nuit (1962) sur une musique d’Henri Sauguet (extraits publiés et commentés dans Spicilège n° 5).

Comme il l’écrivait dans « L’ivre de livres », ils étaient venus à sa rencontre, les petits livres de Marcel Schwob. Michel Suffran avait aussitôt succombé à leur charme « incantatoire », aspiré aussi sans doute par les résonances intimes qu’ils éveillaient en lui : l’imagination nourrie d’histoires comme L’Île au trésor, le monde perdu de l’enfance avec son innocente cruauté et son lien obscur à la mort, l’appel des voix d’antan, la quête obstinée de l’impossible, le rêve qui vient se fracasser sur les réalités…

L’homme nous manquera. Sa voix continue à murmurer, à travers ses écrits. Il n’est que de le lire et relire pour réveiller l’écrivain Suffran, et avec lui tous ceux que ce merveilleux passeur nous a fait fréquenter, en amis.  [A.L.]

Jules Renard, écrivain de l’intime (2017)
par Stéphane Gougelmann

Stéphane Gougelmann, Jules Renard, écrivain de l’intime, Paris, Classiques Garnier, coll. « Études romantiques et dix-neuviémistes », 2017, 685 p. 

 

La dialectique de l’intime, notion brillamment exposée en introduction, sert de fil conducteur à l’étude consacrée par Stéphane Gougelmann à l’écrivain Jules Renard : « L’œuvre se nourrit de l’intime qui, lui-même, trouve forme et sens dans la littérature. » L’auteur revisite ainsi, par une exploration minutieuse et sensible des textes, des livres majeurs comme L’Écornifleur et Poil de Carotte, mais aussi les innombrables récits et, dans une moindre mesure – celle que leur accordait Renard – les comédies. Sans oublier la pièce majeure que constitue le Journal, envisagé en regard des œuvres publiées et en tant qu’œuvre intrinsèque, face cachée (mais distincte) d’une même recherche : scruter et (re)créer sa vie.

 

Stéphane Gougelmann entreprend de dégager la singularité d’une voix (d’une voie) inventant une écriture de l’intime, source et perspective d’une œuvre qui se démarque, en cherchant « son originalité chez soi », des entreprises proprement autobiographiques. Il montre comment le réalisme est d’emblée intériorisé : « l’œil clair » sera toujours celui d’un sujet particulier. Il explore ensuite, dans la quête de soi et de son insaisissable vérité, l’imbrication de l’intime à l’autre, du trauma affectif familial à la quête de la bonne relation altruiste, en passant par l’aliénation des compromissions sociales. Il analyse enfin les modalités renardiennes de l’écriture de l’intime. La pratique systématique de l’humour, mise en évidence par Michel Autrand, est abordée ici au service de l’expression de l’intime, comme principe éthique d’un moraliste moderne soucieux de se « régulariser », et comme principe esthétique d’une écriture pudiquement distanciée de soi et du monde par une décantation qui conjure le risque du pathos jusqu’à friser le silence – le style Jules Renard.

 

Cette étude devrait intéresser les schwobiens. En effet, elle propose une analyse finement documentée de la relation entre les deux hommes, montrant comment et pourquoi, dans le contexte de la confrérie des gens de lettres de l’époque, la « passade » de Renard évolue de la proximité d’un compagnonnage amical à la brouille haineuse. En outre, elle fournit de la matière pour une comparaison approfondie des démarches littéraires de ces deux (presque) exacts contemporains : en germant sur les mêmes prémisses (dont le rejet des romans de la mimesis, naturalistes ou psychologiques, en tout cas diserts et totalisants), leurs œuvres (autant que leurs vies) se développeront, de façon originale et discrètement moderne, sur les modes (schématiquement) opposés du vécu intérieur et de l’imaginaire extérieur. (A.L.)

 

 

Réédition de « L’Homme voilé »
dans la revue Gandahar (février 2018)

Marcel Schwob, « L’Homme voilé » [Coeur double], Gandahar, la revue de tous les imaginaires – « Cauchemars »,  n° 11, février 2018. 

 

Cette nouvelle publication de « L’Homme voilé » s’ajoute à la longue liste des rééditions de ce conte dans les revues sur le fantastique recensées par Bruno Fabre (« Bibliographie des rééditions des contes fantastiques de Marcel Schwob dans des anthologies ou des périodiques », Spicilège – Cahiers Marcel Schwob, n° 10, Paris, Société Marcel Schwob, 2017, p. 63-68) :

 

Rééditions de « L’Homme voilé » :

 

Fiction [éd. française de The Magazine of Fantasy and Science Fiction], n° 22, Paris, éd. OPTA, septembre 1955, p. 110-113 (suivi d’un « Hommage à Marcel Schwob » par Jean-Jacques Bridenne, p. 113-116). [« Une grande reprise à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’un écrivain fantastique trop oublié de nos jours : un de ses contes les plus singuliers et les plus inquiétants. », texte de la 3e de couverture du n° 21, août 1955].

 

Fiction Collection, n° 7 [recueil non daté des numéros 20, 21 et 22, de Fiction], Paris, éd. OPTA, p. 2110-2113.

 

Les Chefs-d’œuvre de l’épouvante, textes réunis par Jacques Bergier, Alex Grall & Jacques Sternberg, éd. Planète, coll. « Les Chefs-d’œuvre », 1965, p. 77-79.

 

Les Chefs-d’œuvre du crime, 40 nouvelles choisies et présentées par Jacques Bergier et Jacques Sternberg, Verviers (Belgique), éd. Gérard & C°, coll. « Bibliothèque Marabout – Géant », 1966, p. 281-285 (notice p. 281).

 

La France fantastique 1900, choix de textes par Michel Desbruères, Paris, Phébus, 1978, p. 437-442 (notice p. 435-436).

 

Histoires de trains fantastiques, anthologie établie et présentée par Danny de Laet, Paris, Librairie des Champs-Élysées, 1980, p. 201-207 (notice p. 22).

 

La grande anthologie du fantastique, établie par Jacques Goimard et Roland Stragliati, 3 vol., Paris, Omnibus, 1997, vol. 3, p. 777-782 (notice p. 1326-1328). [« L’Homme voilé » est classé dans la section « Histoires d’occultisme »].

 

Suite fantastique. Onze nouvelles de Charles Nodier à Roland Topor, Une anthologie présentée par Guy Astic, Paris, éd. du Seuil, coll. « Points virgule », 2002, p. 83-91 (notice p. 84).

 

Nouvelles fantastiques 2. Je suis d’ailleurs et autres récits, Présentation, notes, chronologie et dossier par Stéphane Gougelmann, Paris, GF Flammarion, coll. « Étonnants classiques », 2006, p. 50-56 (notice p. 47-49).

 

Récits fantastiques du XIXe siècle français. Anthologie / Textes intégraux. Notes, présentation et appareil pédagogique préparés par Régis Larrivée, Mont-Royal (Québec), Groupe Modulo, coll. « Bibliothèque La Lignée », 2007.

 

Trains de cauchemar, Anthologie d’épouvante et d’insolite ferroviaires, choix des textes, introduction et notices de Philippe Gontier, Dijon & Aiglepierre, coéd. Les Aventuriers de l’Art Perdu & La Clef d’Argent, coll. « Terreurs anciennes », 2012, p. 205-209 (suivi de « Notes sur « Le Train 081 » et « L’Homme voilé » », p. 210-212).

 

Nouvelles fantastiques du XIXe siècle, Pause nouvelle Classique, L’anthologiste, éditeur de nouvelles, livre numérique, 2012, p. 84.

 

– Gandahar, la revue de tous les imaginaires – « Cauchemars »,  n° 11, février 2018.

 

Cliquer ici pour accéder au site de Gandahar 

 

Schwob chez Alfred Jarry
Une bande dessinée de Daniel Casanave (2017)

Daniel Casanave [dessin] et Rodolphe [scénario],

Merdre. Jarry, le père d’Ubu, Casterman, écritures, 2017, 232 p.

 

Après Ubu roi en 2001 et plusieurs adaptations en bande dessinée d’œuvres et de vies d’écrivains (Flaubert, Verlaine, Nerval), Daniel Casanave, assisté cette fois du scénariste Rodolphe, a publié en 2017 une biographie d’Alfred Jarry, en cinq actes et plus de deux cents planches en noir et blanc, présentées par trois palotins facétieux. L’ensemble est drôle et bien documenté (une erreur toutefois : Marguerite Moreno n’a jamais été l’épouse de Blaise Cendrars). Le dessin libre et fantaisiste mêle habilement les biographèmes factuels, les légendes attachées à l’écrivain et des extraits de ses textes. En fin de volume figure un répertoire d’une vingtaine d’artistes croisés dans le livre, intitulé « Le petit monde d’Alfred Jarry » : on y trouve Apollinaire, Fargue, Gourmont, Mallarmé, Wilde… et Schwob. Le dédicataire d’Ubu roi apparaît dans l’album à plusieurs reprises, notamment à l’occasion de la première rencontre de Jarry et de Rachilde dans les locaux du Mercure de France, des lectures d’Ubu roi et de la représentation de la pièce au Théâtre de l’Œuvre. Schwob est présenté comme un ami proche de Jarry, au même titre que Rachilde et Alfred Vallette. La seule anecdote saillante, faute de documents sur la relation des deux hommes de lettres, est tirée de Souvenirs de ma vie de Marguerite Moreno : sur une double planche, Schwob et son épouse rendent visite à Jarry en son demi-appartement de la rue Cassette dans lequel il se déplaçait à bicyclette. Le profil de Schwob (avec un nez en trompette !) est bien peu ressemblant à l’écrivain mais qu’importe : avec cette biographie de Jarry en images, c’est tout le petit monde artistique de l’époque qui défile, en des planches qui donnent corps à des auteurs encore trop méconnus aujourd’hui. [B. F.]

 

Spicilège – Cahiers Marcel Schwob n° 10 (2017)

La Société Marcel Schwob a le plaisir d’annoncer la publication

de la 10e livraison de SPICILÈGE – CAHIERS MARCEL SCHWOB 

(2017, 164 pages)

centrés sur les premiers contes de l’auteur, entre terreur et mystère.

Direction : Bruno Fabre

Rédaction : Bruno Fabre – Agnès Lhermitte

Réalisation : Sylvie Douézy

Tarif : 15 euros

Les commandes sont à adresser à la Société Marcel Schwob :

societe.marcel.schwob@gmail.com

Éditorial

Bruno Fabre

DOSSIER : contes de terreur et de mystère

Voix défaillante, parole empêchée : quelques obsessions schwobiennes

Agnès Lhermitte

Produire l’avenir, atteindre le non-dit et la liberté :

une lecture de Marcel Schwob

Saralev Hollander

Quatre scènes pour un même crime ferroviaire

(Zola, Schwob, Mirbeau, Gide)

Stéphane Gougelmann

Bibliographie des rééditions des contes fantastiques

de Marcel Schwob dans des anthologies ou des périodiques

Bruno Fabre

RÉSONANCES

 Un conte fantastique d’Ernest La Jeunesse

pastichant Jean Lorrain et Marcel Schwob

Alain Chevrier

Chands d’cauchemars (1896)

Ernest Lajeunesse

Gabriel de Lautrec et Marcel Schwob, conteurs fantastiques

Bruno Fabre

CORRESPONDANCE

Bruno Fabre

Marcel Schwob et Jean Veber : une amitié et des œuvres

Neuf lettres inédites de Jean Veber à Marcel Schwob

Six lettres inédites de Pierre Veber à Marcel Schwob

Une lettre inédite de Gabriel de Lautrec à Marcel Schwob

DOCUMENTS

Un manuscrit de poème retrouvé : « Œil-de-Chat »

Bruno Fabre

« Une certaine histoire Schwob… »

Réflexions sur un potin de Paul Léautaud

Agnès Lhermitte

54 dédicaces imprimées en hommage à Marcel Schwob

Bruno Fabre

Glanures

Agnès Lhermitte et Bruno Fabre

 

 

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Publication de Manapouri
Traduction du Voyage à Samoa en allemand (2017)

Marcel Schwob, Manapouri, Reise nach Samoa 1901-1902, édition, traduction et postface de Gernot Krämer, Berlin, Elfenbein Verlag, 2017, 217 p.

Durant son voyage maritime vers les îles Samoa sur les traces de Stevenson, du 21 octobre 1901 au 18 mars 1902, Marcel Schwob écrivit à son épouse Marguerite Moreno de nombreuses lettres réunies de manière posthume par Pierre Champion dans le dernier tome des Œuvres complètes de Marcel Schwob (vol. 10 : Derniers écrits, Paris, Bernouard, 1930), sous le titre Voyage à Samoa. Les éditions Ombres en proposèrent deux rééditions : Le voyage à Samoa (1990), puis Vers Samoa (coll. « Petite bibliothèque Ombres », 2002). Cette dernière publication, richement préfacée et annotée par Bernard Gauthier, a été établie à partir des originaux conservés à la Bibliothèque municipale de Nantes ; elle est suivie des lettres de Stevenson à Schwob.

C’est un ouvrage équivalent que voulait offrir au lectorat allemand Gernot Krämer, éminent spécialiste de Marcel Schwob : traducteur de Cœur double (Das gespaltene Herz, Berlin, Elfenbein Verlag, 2005) et auteur de Marcel Schwob, Werk und Poetik (Bielefeld, Aisthesis Verlag, 2005) et de la postface de La Croisade des enfants (Der Kinderkreuzzug, Berlin, Elfenbein Verlag, 2012). L’ouvrage de très belle facture comporte, outre la traduction en allemand des lettres à Marguerite Moreno (dont une lettre retrouvée, inédite), celle de « Robert-Louis Stevenson » (article de Schwob publié à Londres en février 1895 dans The New Review et repris, augmenté, dans Spicilège en 1896), et celle des lettres de Stevenson à Marcel Schwob. La postface de Gernot Krämer renseigne sur les protagonistes (Schwob, Marguerite Moreno, Stevenson) ainsi que sur les conditions et les enjeux du voyage. Il a réuni une iconographie instructive et pleine de charme : des photos d’époque représentent les lieux visités et les bateaux du périple, auxquels sont également consacrés, dans l’abondante annotation, des développements particuliers. Ce beau livre, qui évoque un territoire par ailleurs lié à l’Allemagne de l’époque, devrait contribuer à la notoriété de Schwob outre-Rhin. [A. L.]

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Rééditions de deux contes fantastiques de Schwob
dans la revue Le Visage Vert (novembre 2017)

Au sommaire du n° 29 de la revue de littérature Le Visage Vert, deux contes fantastiques de Marcel Schwob non recueillis par l’auteur :

– « La Main de gloire », Le Visage VertRevue de littérature, n° 29, Cadillon, Le Visage Vert, novembre 2017, p. 145-149 (suivi de « « La Main de gloire » de Marcel Schwob : une main enchantée inspirée par le folklore anglais » par Bruno Fabre, p. 151-164.

– « La Maison close », Le Visage VertRevue de littérature, n° 29, Cadillon, Le Visage Vert, novembre 2017, p. 165-169 (suivi de « Marcel Schwob et le fantastique intime : « La Maison close » » par Agnès Lhermitte, p. 171-184).

Cliquer ici pour en savoir plus sur Le Visage Vert.

 

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Bibliographie chronologique sur Marcel Schwob
2008-2017

Cliquer ici pour accéder à la bibliographie chronologique

Cette bibliographie chronologique complète les 2 bibliographies suivantes :

– Bruno Fabre, Bibliographie sur Marcel Schwob (depuis 1985), avec quelques études plus anciennes, Paris, Société Marcel Schwob, 2011, 24 p. ; bibliographie mise en ligne sur le site Marcel Schwob, http://www.marcel-schwob.org/?p=470

– John Alden Green, « Bibliographie pour Marcel Schwob », in Marcel Schwob, Correspondance inédite, précédée de quelques textes inédits, Genève, Droz, 1985, p. 215-252.

17 vies brèves et un hommage à Schwob
par Bernard Chambaz

Bernard Chambaz, 17, Paris, Éditions du Seuil, 2017, 144 p.

Poète, romancier, essayiste, historien, Bernard Chambaz (né en 1949, prix Goncourt du premier roman pour L’arbre de vies en 1993) a publié en mars 2017 un livre composé de dix-sept vies brèves d’individus nés ou morts une année en 17, conjuguant la célébration (pluri)centenaire à un dispositif d’écriture fondé sur une contrainte, dans le sillage des recueils de vies que notre époque a remis à la mode.

Le livre s’ouvre par un préambule qui fait état du désir initial de l’auteur de commémorer la révolution d’octobre 1917 et donne lieu au récit biographique de deux personnages ayant connu un destin particulier cette année-là, Alexandre Kerenski et Boris Pasternak. Puis, les dix-sept vies qui forment le cœur du livre sont introduites par un art poétique de la vie brève qui évoque La Vie de Disraëli de Maurois mais rappelle davantage la préface de Vies imaginaires de Schwob, recueil auquel l’épilogue rend un hommage appuyé et dans lequel une dernière vie brève (mais plus longue que les autres), celle de Schwob, marque le cent cinquantenaire de sa naissance. Ce récit biographique supplémentaire composé à l’occasion d’un projet de livre possible sur les (pluri)cinquantenaires en 17 (où Maurois, mort en 1967, côtoierait Schwob, né un siècle plus tôt) signale la filiation de Vies imaginaires et de 17, à travers notamment le goût partagé de la concision et du détail vivant, et le choix de Pocahontas, morte en 1617, dont la vie est racontée dans les deux œuvres.

Le livre conclut que « 17 n’a rien, on l’a lu, d’un livre funèbre ». Peut-être. Mais au-delà des « tours de manège » effrénés, 17 apparaît comme une nouvelle variation sur l’orphanos (mot grec désignant à la fois le deuil des parents ayant perdu un enfant et celui des enfants orphelins) que Bernard Chambaz a défini dans Dernières nouvelles du martin-pêcheur (2014), ouvrage consacré à son fils Martin, mort dans un accident de voiture à l’adolescence. Le biographème de l’orphanos est en effet un des leitmotive du livre, notamment chez Jane Austen « qui postule la profondeur de la peine que nous éprouvons face à la disparition d’un parent ». Ces dix-sept notices biographiques continuent donc d’exprimer « de biais » ce que plusieurs œuvres de l’écrivain tentent d’exorciser depuis la mort de son fils. Et c’est dans ce rapport spéculaire précis entre Bernard Chambaz et ses protagonistes que cet auteur apparaît réellement comme un continuateur de Schwob, dont Vies imaginaires prolonge le travail de deuil commencé dans Le Livre de Monelle. [B.F.]

 

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