Curiosæ

Hommes de mer 1

« Les trois gabelous » (Cœur double) adaptés
en bande dessinée par Riff Reb’s

Hommes à la mer est le dernier album d’une trilogie maritime fondée sur l’adaptation d’œuvres littéraires. Après les romans graphiques inspirés de Pierre Mac Orlan (À bord de l’Étoile Matutine, 2009) et de Jack London (Le Loup des mers, 2012) le talentueux Dominique Duprez, alias Riff Reb’s, propose une adaptation de huit nouvelles d’écrivains racontant les dangers de la navigation maritime, parmi lesquelles « Les trois gabelous » (Cœur double) de Marcel Schwob, bien entouré des écrivains qu’il aimait (Poe et Stevenson) ou de l’un de ses épigones (Mac Orlan), à côté d’autres conteurs (Conrad, Hodgson). Entre chaque récit, une double page montre une illustration de grand format en noir et blanc, accompagnée d’un extrait d’autres textes d’auteurs (Homère, Sue, Condroyer, Traven, London, Hugo, Verne) évoquant le drame de l’homme et la mer. Chacune des huit nouvelles du volume est dominée par une couleur. « Les trois gabelous » de Schwob joue davantage sur le contraste entre les gris de la réalité (le clair de lune, le trio de Bretons et l’Océan) et les éclairages jaunes des visions fabuleuses (le galion fantôme et les rêves dorés des douaniers). Mais ici comme ailleurs, l’homme ne peut échapper au péril marin et au naufrage de son existence. (B.F.)

Riff Reb’s, Hommes à la mer, Huit nouvelles librement adaptées, éd. Soleil, coll. « Noctambules », 2014, 120 p.

Hommes de mer 1
Hommes de mer 2
LesFauxVisages

Les Faux visages : de Marcel Schwob à David B.

Après Le Capitaine écarlate, dessiné par Emmanuel Guibert, David B. donne un nouveau témoignage de sa dévotion à l’œuvre de Marcel Schwob. Il raconte cette fois l’histoire du « Gang des Postiches », qui défraya la chronique avec ses hold-up de banques dans les années 80. Mais si la bibliographie en fin de volume atteste que l’auteur s’est documenté sérieusement sur cette affaire, elle se termine par Le Roi au masque d’or de Marcel Schwob, le livre « des masques et des figures couvertes » publié en 1892. L’analogie est soulignée par la reprise du titre – modernisé – d’un conte de ce recueil : « Les Faulx Visaiges », et par le sous-titre bien schwobien : « Une vie imaginaire du gang des postiches ».

David B. imagine qu’un des membres du gang, Rouve, un jeune gitan de Montreuil, cocaïnomane, timoré et paranoïaque, se passionne pour l’histoire des bandits de Paris. « Il lit tout ce qu’il trouve sur le sujet et il interroge les vieux truands qui lui dévoilent leurs souvenirs. Ses connaissances lui ont permis de retrouver un tunnel utilisé par Cartouche au 18e siècle dans l’Île Saint-Louis. » (p. 42) David B. attribue donc à ce personnage l’idée des « postiches », que lui aurait inspirée la lecture des « Faulx-Visaiges ». Voici le dialogue correspondant avec ses comparses :

« Ça me fait penser à un truc. Vous connaissez Marcel Schwob ?

– Schwob ? C’est un juif ! Il est du quartier ?

– C’est un juif mais il n’est pas du quartier. C’était un écrivain. Il est mort maintenant ! Il a beaucoup écrit sur les bandits. Dans une de ses nouvelles, il parle d’une bande du Moyen-Âge : des chevaliers brigands pendant la guerre de cent ans ;

– Comme dans Thierry la Fronde ?

– Mieux que dans Thierry la Fronde ! Cette bande s’appelait « Les Faux Visages ». Ils portaient des masques peints comme des visages pour se cacher !

– Et alors ?

– Et alors, il faut faire comme eux. Pas se cacher avec des cagoules ou des foulards. On va se déguiser ! » (p. 43-44). (A.L.)

David B. et Hervé Tanquerelle, Les Faux visages – Une vie imaginaire du Gang des Postiches, Futuropolis, 2012, 152 p.

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